La Fondation regrette que la politique de prévention des expulsions s’arrête aux déclarations d’intention
Le 15 mars, la trêve hivernale des expulsions prend fin. La situation sociale particulièrement difficile traversée par notre pays entraîne pour un nombre croissant de familles le risque d’être jeté à la rue.
Les ménages sont de plus en plus nombreux à ne plus pouvoir subvenir à leurs charges, où la part représentée par le logement va s’alourdissant des faits conjugués d’un tassement du pouvoir d’achat et d’une inflation locative record (plus de 40 % d’augmentation en dix ans).
De plus, la récente progression spectaculaire du chômage va aggraver le nombre déjà considérable de familles fragilisées par la crise… Et — c’est un fait nouveau observé par la Fondation — s’étend désormais aux ménages de classe moyenne pourvus de ressources allant jusqu’à un SMIC et demi, notamment en région parisienne.
Les chiffres sont édifiants : 1,8 millions de ménages peinent à s’acquitter de leur loyer (dont 500 000 en situation d’impayés) alors même que la dégradation sociale s’amplifie ! La barre des 10 000 expulsions manu militari a été franchie en 2006 (sans compter les dizaines de milliers d’expulsions qui se déroulent sans le recours à la force publique), avant le début de la crise économique.
Dans ce contexte gravissime, la Fondation Abbé Pierre trouve les propos de Madame le ministre du Logement généreux mais peu concrets.
Ils sont généreux, car l’idée de trouver un logement ou un hébergement aux familles expulsées prend (enfin) en compte ce que la loi relative au Droit au logement opposable impose depuis déjà deux ans.
Mais si la Fondation n’a jamais mis en doute les bonnes intentions de la Ministre, son action reste une fois encore en décalage avec la réalité.
D’abord parce que la promesse de proposer une solution aux ménages expulsés avait déjà été faite en janvier 2008 par le Premier ministre (or tout porte à croire que les chiffres des expulsions l’an dernier seront probablement encore à la hausse).
Ensuite parce qu’on n’a jamais vu une problématique de logement résolue par la seule mise en place d’une commission (Dalo, prévention des expulsions, justement…).
La Fondation Abbé Pierre demeure donc extrêmement préoccupée par la politique de prévention des expulsions et annonce d’ores et déjà la création d’un comité de vigilance (avec le soutien d’associations du Collectif) destiné à assurer une veille des menaces d’expulsions locatives sur notre territoire. Seul un moratoire différant toute expulsion en 2009 est en mesure d’éviter de nouvelles catastrophes sociales.
