La Fondation Abbé Pierre dénonce les fausses promesses du Gouvernement.
En mars 2009, Christine Boutin déclarait qu’il n’y aurait “plus d’expulsion sans relogement”. Depuis lors, il y a eu loin de la parole aux actes, alors que toutes les données ne peuvent qu’inquiéter sur le traitement qui est infligé aux familles fragilisées.
Loin des déclarations, les chiffres 2008 sont têtus : 135 000 assignations* au tribunal et 102 000 jugements d’expulsions*, 58 904 commandements à quitter les lieux, 41 054 décisions de préfets accordant recours à la force publique, 11 294 interventions effectives de la force publique sont à déplorer. Ces données sont pour l’essentiel en progression, et il y a fort à parier que les chiffres 2009 (qui seront connus en 2010) alourdiront encore la sinistre addition.
Au-delà, la Fondation Abbé Pierre — que ce soit grâce à sa plateforme téléphonique de prévention des expulsions (0810 001 505, près de 1 500 appels depuis la création du service) ou dans ses lieux d’accueil — constate une dégradation de la situation des ménages avec un seul adulte avec ou sans enfant, leur méconnaissance des possibilités d’aide ou de recours et la paupérisation des personnes ne disposant que d’un travail temporaire, de missions d’interim, de temps partiel ou de chômage.
Malgré ce contexte, le moratoire, proposé par le Collectif des Associations Unies — et particulièrement par la Fondation — a été rejeté par le Gouvernement. Il reposait pourtant sur d’incontestables constatations :
- la crise économique et financière, en privant 600 000 personnes de leur travail, a singulièrement compliqué la situation de nombreux ménages,
- la prévention des expulsions est une priorité revendiquée du Gouvernement,
- la loi Dalo retient comme prioritaires… les ménages menacés d’expulsion.
La cohérence, le respect des engagements et l’attention portée aux victimes de la crise auraient pourtant dû entraîner une réaction moins frileuse en adoptant ce moratoire.
Face au mutisme ou aux déclarations contredites par les faits, la Fondation Abbé Pierre alerte à nouveau le Gouvernement et en appelle à des mesures énergiques de protection des familles les plus modestes.
* données provisoires.