La Fondation Abbé Pierre s’indigne des mesures répressives supplémentaires, réponses indignes et inadaptées à des situations de détresse.
En France, il manque actuellement 900 000 logements, les structures d’accueil et d’hébergement sont surchargées, moins de la moitié des aires d’accueil pour les Gens du voyage prévues par la loi sont réalisées...
Et pourtant, les réponses gouvernementales ne sont portées que par la machine sécuritaire qui s’emballe : on tente de casser le thermomètre plutôt que de soigner la fièvre... Alors, on éradique les bidonvilles dans des conditions parfois scandaleuses sans aucune offre alternative d’accueil. Alors, pour expulser les Gens du voyage, on organise un transfert vers une procédure administrative aux seules fins d’éviter l’intervention du juge.
Désormais, cela ne semble plus suffire puisque le Gouvernement, dans le cadre des débats LOPSSI* au Sénat, propose un amendement prévoyant un élargissement des procédures administratives à tout terrain ou local — y compris sans l’avis du propriétaire — en cas d’occupation de fait ; un texte qui visait initialement à protéger le domicile ou la résidence principale, que nous soutenons évidemment.
La Fondation Abbé Pierre ne peut se satisfaire de l’occupation illicite de terrains, de friches industrielles ou de bâtiments vides, mais elle est consciente qu’il s’agit parfois du seul recours pour des familles en détresse.
Il est donc nécessaire d’organiser des réponses avant de renforcer les mesures administratives sécuritaires, souvent sans considération des situations humaines de celles et ceux qui s’y voient contraints.
La répression ne peut se substituer au devoir républicain de respect et de solidarité dicté par notre devise. L’oublier, c’est se plonger dans des pratiques d’un autre âge que nous ne saurions accepter. La Fondation Abbé Pierre demande donc le retrait pur et simple de cet amendement et la préservation du droit lié à l’État de nécessité.
* Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure.
